Erika Harrsch - Eros Thanatos
Veranstaltungstag/Zeitraum
Beschreibung (Leider existiert dieser Text nicht in deutsch.)
«Ne trouvez-vous pas inadmissible que l’homme se soucie aussi peu du papillon ?» s’étonnait André Breton en 1941 dans un entretien avec Charles-Henri Ford1.
Ce n’est certes pas le grief que l’on pourra formuler à l’endroit d’Erika Harrsch qui a fait depuis quelques années du papillon le thème majeur de son œuvre. Par la peinture, par le collage, par la vidéo ou la photographie, elle use du papillon monarque, l’emblème de son Mexique natal, comme de la métaphore d’un cycle où, pareil à la corrida, à la passion qui déchire, l’amour et la mort se côtoient intimement, mélange de puissance et de fragilité. À Michoacán, dans l’état de Mexico, divers sanctuaires reçoivent chaque année vers l’automne des millions de papillons monarques volant depuis le Canada ou les Etats-Unis pour un périple de plusieurs milliers de kilomètres. Ils y passent l’hiver, s’y reproduisent, perpétuant avant le retour du printemps le grand cycle de la vie.
Erika Harrsch a suivi une part de leur migration à bord d’un avion léger jusqu’à ces sanctuaires qu’elle a visités, filmant et photographiant cette multitude qui assombrit le ciel et les grands tapis orange et noir des milliers de cadavres aux ailes droites que l’on foule à chaque pas : dans l’amour comme dans la mort. Ce papillon monarque demeure sublime et ceux tombés d’épuisement semblent prêts encore à rejoindre ceux qui volent en haut guidés par une force mystérieuse.
Par l’installation Eros-Thanatos, Erika Harrsch nous convie au même voyage initiatique, invitant le visiteur à fouler un tapis où gisent quelques 60 000 papillons de papier, à contempler sur l’écran ceux qui semblent s’y jeter et s’y briser, comme une averse multicolore. Mais ces papillons qui jonchent le sol, qui se froissent sous les pas tandis que le bruit du vol amplifié se fait oppressant dans la pénombre, portent au cœur entre les ailes ouvertes l’image du sexe féminin, mêlant la naissance et le désir, l’humain et l’animal. La violence et la beauté s’entremêlent ici en ces drames silencieux qui se jouent dans le ciel, où les seules issues seront l’amour ou la mort. Derrière la grâce et la beauté poignante du papillon monarque, c’est toute la violence de la nature, sa part de séduction et de destruction que révèle l’artiste, prolongeant à sa façon dans la meilleure tradition de l’art du Mexique, la troublante splendeur de la mort, comme ces squelettes qui dansent en souriant ou ces crânes en sucre blanc que l’on déguste là-bas.
La force d’Eros-Thanatos réside dans la concision et la simplicité de son dispositif technique visant à l’efficacité de son propos qui confronte le spectateur à l’expérience physique et sensorielle. L’on pourra certes lire l’œuvre comme un plaidoyer pour la protection du papillon monarque et de sa biosphère – laquelle a été classée le 7 juillet 2008 par l’Unesco comme Patrimoine Mondial de l’Humanité – mais il conviendra également de la considérer comme l’expression, sinon d’une colère, du moins d’un constat : lieu sacré, sanctifié, le sexe féminin est ici piétiné et meurtri comme il est trop souvent aujourd’hui encore bafoué, mutilé ou violé.
Aux murs de la salle, accompagnant l’installation, sont d’autres photographies de papillons d’origines diverses, les Imagos, offrant l’image de sexes féminins qui correspondent à leur zone géographique, évoquant, si besoin, l’étendue d’une souffrance qui ne connaît hélas aucune frontière, aucun répit.
Xavier Canonne
Née au Mexique, Erika Harrsch a vécu en Italie et en Allemagne. Elle vit et travaille à présent à New York.
Montré en 2006 à Diverseworks pour la Fotofest de Houston, Eros-Thanatos est présenté simultanément à la 5th Seoul International Media Art Biennale – Media City Seoul 2008.
www.erikaharrsch.com
Veranstaltungsort
Belgique


